On a beau les voir à la télévision, être ému par leur sort et offrir une aide financière, il est difficile de véritablement comprendre la détresse quotidienne des populations civiles touchées par les conflits armés ou les catastrophes environnementales. Ces personnes vous le diraient elles-mêmes : il faut le vivre pour le comprendre.

C’est précisément cette réalité que six étudiantes à la maîtrise en études internationales de l’Université Laval ont voulu transmettre à travers leur projet Sur la piste des réfugiés, en transformant leur campus en un camp de réfugiés pendant trois jours, en avril dernier. Une première canadienne qui a mobilisé de nombreux acteurs issus des milieux communautaire, gouvernemental, universitaire et étudiant.

« Dans un contexte où les conflits armés affectent de plus en plus les civils, souvent contraints de fuir vers des camps de réfugiés, notre objectif était de sensibiliser différents publics à cette réalité. C’est d’autant plus pertinent que, chaque année, parmi les milliers d’immigrants accueillis au Québec, plusieurs proviennent de ces camps », explique Delphine Soetart, l’une des initiatrices du projet.

Pour bien saisir l’ampleur de ce drame humain, il suffit de rappeler qu’aujourd’hui, 95 % des victimes des conflits armés sont des civils — un chiffre alarmant, comparé aux 5 % observés pendant la Première Guerre mondiale. Puisque ces drames se déroulent souvent loin de nos frontières, il devient difficile d’en mesurer la gravité.

Avec l’appui d’un comité consultatif réunissant des partenaires comme les Forces armées canadiennes, la Croix-Rouge et l’organisation Droits et Démocratie, les étudiantes ont conçu une série d’activités variées et percutantes :

Deux tables rondes sur l’intervention humanitaire, avec la participation de Médecins du Monde, de la Croix-Rouge et de l’ACDI

Un camp de réfugiés installé sur le campus et ouvert aux visites guidées

Un forum d’information, des expositions photo, des kiosques de partenaires, une conférence de presse

La présentation de la pièce de théâtre Exil, ainsi que des témoignages de véritables réfugiés

L’un des moments les plus marquants a été la simulation de 24 heures vécue par une cinquantaine de bénévoles dans le camp. Plongés dans une mise en scène d’un réalisme saisissant, les participants ont ressenti une gamme d’émotions qui les ont rapprochés, le temps d’une journée, de la réalité des réfugiés. « Lors de la séance de débriefing, plusieurs ont confié avoir intégré cette réalité en expérimentant concrètement la promiscuité et les restrictions de territoire », raconte Delphine.

En fin de compte, ce sont des milliers d’étudiants et d’employés de l’Université qui ont été touchés, directement ou indirectement, par cette initiative aussi accessible que rassembleuse. Le projet a remporté le premier prix du volet collectif du concours Entrepreneuriat Laval et a mené à la création de la délégation Droits et Démocratie à l’Université Laval, déjà forte d’une trentaine de membres.

L’événement a également permis de faire rayonner le programme de maîtrise en études internationales et a inspiré d’autres établissements, dont les universités de Sherbrooke, de Moncton et la Malaspina University-College de Vancouver, qui envisagent de reproduire l’initiative.

« Par ce projet, les étudiantes ont su capter l’attention du public et des médias québécois, tout en révélant une réalité humaine souvent méconnue : celle de millions de réfugiés à travers le monde », souligne Violaine Des Rosiers, coordonnatrice du Programme des enjeux humanitaires à la Croix-Rouge canadienne.

Et ce n’est qu’un début. Déjà, de nombreux bénévoles se sont manifestés pour organiser une deuxième édition. « Nous sommes fières de cette première réalisation. Elle a atteint ses objectifs de sensibilisation et contribué à l’intégration des communautés immigrantes. C’est une base solide pour la suite », conclut avec enthousiasme la porte-parole de Sur la piste des réfugiés.