Projet Québec-Mongolie
Université Laval

À l’école primaire Saint-Jean-Baptiste de Québec, les élèves de troisième année ont les yeux grands ouverts. Devant eux, un livre coloré et touchant, créé par des enfants d’une école de Bayantsogt, en Mongolie. De l’autre côté du globe, ces jeunes Mongols découvrent à leur tour un livre bricolé par leurs homologues québécois. Malgré les milliers de kilomètres qui les séparent, tous vivent la même expérience enrichissante : ils s’ouvrent au monde.
Cet éveil, les élèves le doivent à Nancy Fall et Marianne Dubé, deux étudiantes au baccalauréat en enseignement du français langue seconde (BEFLS) à l’Université Laval. Passionnées par l’éducation et motivées par la transmission des différences culturelles, elles ont conçu un projet d’une simplicité désarmante, mais d’une richesse pédagogique remarquable : Le livre bricolé.
Le principe est simple : des élèves du primaire rédigent un livre illustré racontant leur quotidien et leur culture. Le tout est ensuite traduit et envoyé dans une autre école à l’étranger, où d’autres enfants réalisent le même exercice en retour. Résultat : un échange authentique, où les jeunes découvrent les habitudes de vie d’autrui, s’interrogent sur leur propre environnement, et prennent conscience de la richesse des différences culturelles.
Ce projet s’inscrit pleinement dans les priorités pédagogiques du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, qui valorisent l’ouverture sur le monde et l’éducation à la citoyenneté. En plus de lutter contre le racisme par la connaissance et la reconnaissance de l’autre, la création du livre mobilise l’ensemble de l’écosystème de l’élève : enseignants, camarades, parents et même la communauté.
Durant leur séjour de deux mois en Mongolie, Nancy et Marianne ont aussi profité d’un formidable échange pédagogique avec des enseignants locaux œuvrant dans un contexte éducatif totalement différent.
« La découverte d’un milieu éducatif complètement distinct leur a permis de mieux comprendre ce que représente réellement l’acte d’enseigner », souligne Zita de Koninck, directrice du BEFLS à l’Université Laval.
Grâce à ces expériences pratiques et théoriques, elles possèdent aujourd’hui une longueur d’avance dans l’enseignement en contexte interculturel — un avantage qu’elles souhaitent désormais partager avec d’autres pédagogues du Québec.
Le succès pédagogique du projet est tel qu’il fait aujourd’hui l’objet de formations, d’ateliers, de conférences, d’expositions, et même d’un documentaire vidéo diffusé dans les commissions scolaires et les centres multiculturels du Québec. Un guide pédagogique accompagne également la démarche, permettant à d’autres enseignants de reproduire l’expérience.
Pour financer ce projet, Nancy et Marianne ont dû réunir plus de 10 000 $, notamment en sollicitant le soutien de l’Association des étudiants du BEFLS et de la Confédération des associations d’étudiants de l’Université Laval (CADEUL). Elles ont aussi organisé des collectes de fonds et installé des kiosques de sensibilisation et de vente afin de produire leur documentaire. Aujourd’hui, elles poursuivent leur engagement en développant un fonds destiné à soutenir des projets éducatifs interculturels.
Mais de toute cette aventure, ce que Nancy et Marianne retiennent avant tout, c’est la fierté immense sur le visage des enfants ayant créé leur propre livre.
Une chose est sûre : elles n’ont pas seulement créé un livre — elles ont tourné une page importante dans l’éducation à la diversité culturelle.