Le Dépotoir des sentiments
Centre de services scolaire de Laval
Des élèves engagés à susciter une prise de conscience sur notre surproduction de déchets et à proposer des pistes de solution
Après le visionnement du documentaire Waste Land, qui traite de l’artiste Vik Muniz et qui propose une incursion dans le quotidien des trieurs de déchets du plus grand dépotoir à ciel ouvert au monde, des élèves de l’école Horizon Jeunesse ont voulu susciter une prise de conscience collective à propos de notre surproduction de déchets. À travers une démarche artistique engagée nommée Le Dépotoir des sentiments, les élèves ont multiplié les actions de sensibilisation et proposé des pistes de solution qui ont permis, en fin de compte, d’observer des changements graduels de comportement au sein de l’école, mais aussi dans leur propre foyer.
Tirant en fait sa source non seulement d’un documentaire, mais de tout un cours d’arts plastiques, le projet a rapidement pris des dimensions beaucoup plus larges que le cadre scolaire. En effet, comme les participants considéraient qu’une telle prise de conscience devait surpasser les frontières de leur école, un partage d’idées a été fait avec les élèves de l’École d’éducation internationale de Laval, qui se sont rapidement joints à la démarche.
« Pour commencer, il nous fallait trouver des actions de sensibilisation. Par exemple, nous avons recueilli les déchets laissés sur les tables après les dîners et les avons exposés, dans des sacs transparents, sur la place publique de l’école pour démontrer la quantité impressionnante de déchets produite dans notre école seulement », raconte Anne-Marie Di Ciero, élève de 5e secondaire à Horizon Jeunesse, ajoutant que des diaporamas montrant des animaux vivant dans des amoncellements de déchets ont aussi été présentés.
Bien entendu, les élèves ne se sont pas contentés de dénoncer la situation, ils se sont aussi assurés de transmettre des solutions pour diminuer la surconsommation : utiliser des contenants réutilisables et des ustensiles non jetables, introduire le compost pour récupérer, transformer les restes de table et ainsi de suite. « Quand on sensibilise et qu’on offre des solutions, on voit ensuite des changements. Seulement à notre école, on observe une différence », indique Chad Verilli, élève de 5e à l’École d’éducation internationale. Celui-ci ajoute que même chez lui, il veille à ce que tout le monde adopte de saines habitudes de consommation.
Puis il y a tout le volet artistique du projet, qui permet d’amener un regard neuf sur la réutilisation des déchets. Notamment, les élèves ont tenu un kiosque d’emballage de cadeaux à partir de matériaux recyclés comme du papier journal, de vieux magazines ou divers emballages. Et ce, bien entendu, en proposant des emballages créatifs et de belle qualité. Il y a eu aussi la création de sculptures, miniatures et grandeur nature, et de tableaux à partir de déchets récupérés. Ces œuvres ont été exposées dans différentes écoles de la commission scolaire. Enfin, dans le cadre d’un spectacle multidisciplinaire où des personnages ont été créés à partir de textes engagés rédigés par les élèves, tous les costumes et décors nécessaires à la représentation ont été confectionnés à partir de déchets.
Le projet qui a pris forme dans l’année scolaire 2013-2014 s’est poursuivi cette année. Les participants s’entendent tous pour dire qu’il faudrait qu’il s’étende à plusieurs autres écoles du Québec. Ils vont même jusqu’à suggérer que le ministère de l’Éducation mette sur pied un cours de recyclage et de sensibilisation aux problèmes créés par nos modes de vie, cours qui serait obligatoire au secondaire.
« Nous avons pris les moyens pour dénoncer haut et fort l’inacceptable cycle de la consommation et de la surproduction de déchets. Maintenant, nous espérons que nos gestes auront des effets durables dans nos écoles et notre communauté », fait valoir à son tour Véronique Fiset, une autre élève de 5e secondaire à Horizon Jeunesse.