
De nombreux Canadiens d’origine arabe et juive portent en eux le conflit israélo-palestinien, qui persiste depuis plusieurs décennies. Ils héritent, de leurs parents, de leur communauté et des médias, tout un bagage d’images et de perceptions avec lesquelles ils doivent aujourd’hui composer.
Certains, notamment sur certains campus canadiens, adoptent des positions tranchées, manifestent et revendiquent, ce qui engendre parfois de l’hostilité envers ceux qu’ils considèrent comme étant « de l’autre côté ».
Pour les fondateurs du journal Yalla, un collectif qui accueille les contributions de jeunes Canadiens d’origine arabe et juive, ce lien émotionnel intense avec la souffrance de leurs communautés est à la fois ce qui divise et ce qui unit ces deux peuples. Le journal Yalla se veut donc un pont entre les communautés et une avancée vers la paix.
Dalia Rotstein, l’une des six fondatrices du projet, explique :
« Le problème, c’est que beaucoup de gens passent de leur expérience personnelle à la polémique, sans tenir compte des croyances culturelles qui façonnent leur opinion. Cette approche ne fait qu’alimenter le ressentiment. C’est pourquoi Yalla invite les étudiants arabes et juifs de partout au Canada à témoigner de leurs expériences personnelles, à réfléchir à la crise, à exprimer leur réalité avec humanité. »
L’appel a été entendu. Le projet a immédiatement trouvé écho dans les communautés arabe et juive du pays, qui ont vu en cette initiative un projet à la fois courageux et nécessaire. La première édition du journal comprend près de 200 pages de récits, de poésie, d’essais et de photographies, couvrant un large éventail politique. Et parce que les auteurs ont mis l’accent sur leurs émotions plutôt que sur leurs opinions, les lecteurs, peu importe leur position, peuvent y trouver des expériences auxquelles s’identifier.
« Grâce à cette approche, on souhaite encourager une compréhension plus profonde et nuancée du conflit, loin des polémiques qui enveniment souvent les débats », ajoute Dalia.
Comme Yalla est une initiative unique, il a fallu du temps pour définir sa voix. Les éditeurs ont dû relever de nombreux défis éthiques et philosophiques : définir ce qu’est un discours modéré, concilier la diversité des opinions avec une ligne éditoriale équilibrée, assurer une juste représentation de chaque groupe. Mais le plus grand défi a été financier. Considéré comme trop « sensible » politiquement, le projet s’est vu refuser plusieurs demandes de subvention. Les fondateurs ont tout de même réussi à réunir les 10 000 $ nécessaires à l’impression et à la distribution.
Si les fondateurs espèrent que Yalla contribuera à améliorer la situation au Moyen-Orient — 100 exemplaires ont été envoyés dans la région —, ils constatent surtout qu’il rapproche déjà les communautés ici, au Canada. Le lancement officiel à l’Université McGill, premier événement parrainé conjointement par l’association étudiante arabe et l’organisation des étudiants juifs, a attiré plus de 200 personnes et permis d’écouler tout le tirage initial.
Jusqu’à présent, plus de 2 500 copies ont été diffusées, et l’initiative a bénéficié d’une couverture médiatique importante dans plusieurs grandes villes canadiennes. Les éditeurs ont aussi été invités à participer à divers événements, notamment le McGill Dean’s Circle Recognition Event, la Conférence Concordia sur le dialogue et la démocratie, ainsi que le Symposium de l’Université Bishop’s. Un deuxième lancement a également eu lieu à l’Université de Toronto.
Et l’aventure ne fait que commencer. Une nouvelle équipe d’éditeurs prépare déjà la prochaine édition. L’objectif est clair : faire de Yalla une publication annuelle, un espace de réflexion qui pose des questions essentielles tout en incarnant un idéal de paix pour le Moyen-Orient.