Quiets – Motoneige écologique

École de technologie supérieure

Le Québec compte plus d’un million d’amateurs de motoneige qui, beau temps, mauvais temps, pratiquent avec passion ce loisir bien de chez nous. Malheureusement, le bonheur des uns fait parfois le malheur des autres. En plus d’exaspérer de nombreux résidents et amoureux de la nature, la motoneige est un véritable désastre pour l’environnement. Saviez-vous que le moteur deux-temps d’une motoneige conventionnelle rejette plus d’hydrocarbures nocifs en une heure qu’une voiture n’en émet pendant toute une année?

Animés par le désir de trouver une solution à cette pollution sonore et atmosphérique, une douzaine d’étudiants en génie de l’École de technologie supérieure (ÉTS) ont décidé, il y a deux ans, d’unir leurs efforts. Leur objectif : rendre la motoneige plus écologique, sans pour autant sacrifier son plaisir de conduite.

« Pour y parvenir, nous nous sommes attaqués aux trois principales faiblesses de la motoneige : son bruit élevé, sa forte consommation d’essence et son important taux d’émissions polluantes », explique Alexandre Jutras, un des étudiants engagés dans l’aventure.

Baptisé QUIETS, le projet a opté pour une approche réaliste, misant sur des transformations minimales d’un modèle existant. Les modifications devaient être simples, peu coûteuses et non invasives afin d’attirer l’attention de l’industrie et des consommateurs.

Les efforts ont porté leurs fruits. Le prototype de motoneige QUIETS présente des performances environnementales impressionnantes. « Nous avons équipé le moteur d’un système d’injection directe d’essence avec une nouvelle tête, une pompe à air et un contrôleur électronique. L’équipe a aussi réussi à réduire la consommation de carburant en régulant précisément la quantité injectée, créant un mélange air-essence presque parfait de 14,7 pour 1. Pour réduire le bruit, nous avons ajouté des mousses insonorisantes sous les panneaux moteur, et modifié le système d’échappement en remplaçant la seconde sortie par deux chambres d’expansion distinctes », détaille Alexandre.

Résultat : des performances tellement convaincantes que la motoneige QUIETS a raflé plusieurs prix lors du Clean Snowmobile Challenge, une compétition de renommée tenue chaque année aux États-Unis. Elle a notamment obtenu la première place en accélération et en maniabilité, la deuxième pour les coûts de modification, et la troisième pour le niveau sonore.

Consciente qu’une percée technique ne suffit pas, l’équipe s’est également investie dans la sensibilisation du public. « Nous misons sur l’éducation et la visibilité. Notre prototype a été présenté au Salon des sports récréatifs motorisés et dans le Vieux-Port de Montréal. Ces démonstrations nous permettent d’illustrer concrètement que nos choix technologiques ont un impact direct sur l’environnement », souligne le porte-parole du projet.

Et les ambitions sont grandes : « Nous voulons révolutionner la motoneige, démontrer qu’elle peut concilier plaisir, performance et respect de l’environnement. QUIETS peut aussi apaiser les inquiétudes de ceux qui dénoncent les nuisances du sport motorisé », ajoute-t-il.

Leur optimisme est justifié. Les premières estimations montrent qu’il en coûte seulement 1 300 $ pour convertir une motoneige classique en un véhicule écoresponsable. Elle consomme peu, génère très peu d’émissions et est beaucoup plus silencieuse — tout en conservant les performances d’un modèle conventionnel.

« Les technologies déployées dans le cadre du projet QUIETS sont très prometteuses. Elles sont bien connues dans l’automobile, mais les adapter à un moteur deux-temps représentait un défi majeur. Ce projet aura certainement un impact bénéfique sur l’environnement », conclut Sylvain Matte, président de la firme Matech Technologie, partenaire du projet.