« J’espère contribuer à ce que les futurs enseignants deviennent des agents multiplicateurs des valeurs de solidarité, d’entraide de justice sociale au sein de la population québécoise. »

La grande aventure de Christine Renaud débute en 1991, alors qu’elle n’est âgée que d’une dizaine d’années! La récipiendaire du prix Avenir Personnalité du premier cycle fonde alors à Sainte-Martine, son village natal, la Maison des jeunes qui encore aujourd’hui accueille les enfants adolescents de la localité. Des idées plein la tête, cette jeune bachelière de l’Université de Montréal en enseignement de la morale de l’histoire au secondaire ne s’arrêtera pas là. En 2001, après avoir participé, au pays de Galles, à un Chantier jeunesse visant à transformer un dépotoir en halte routière, Christine s’engage à fond dans la supervision la formation d’un groupe d’étudiants qui participent à un stage de Québec sans frontières du Club 2/3 en El Salvador. Pendant un an, elle veille à la bonne préparation de ces jeunes les accompagne sur place à l’été 2002.

Christine ne ralentit pas ses activités en 2002, bien au contraire. « Voyant qu’elle était une leader positive, nous lui avons proposé de travailler à titre de chargée de projet pour l’organisation de la Semaine interculturelle », révèle Alain Vienneau, directeur intérimaire du Service d’action humanitaire communautaire à l’Université de Montréal. « Elle a vite su nous démontrer ses talents en donnant à cette activité un nouvel essor. Cette expérience positive nous a incités à lui confier l’organisation de la Semaine de la solidarité durant sa deuxième année avec nous, l’année suivante, nous lui avons offert un poste de coordination de secteur », poursuit-il.

« On la voyait vraiment engagée dans la vie étudiante à la Faculté », raconte pour sa part Jean-Pierre Charland, directeur du Centre de formation initiale des maîtres vice-doyen aux études de premier cycle de la Faculté des sciences de l’éducation. « Entre autres, elle a été membre de l’exécutif de l’Association des étudiants étudiantes, elle a participé au colloque annuel des étudiants du Québec se destinant à l’enseignement au secondaire elle a organisé un Symposium sur la réforme qui touche actuellement le réseau scolaire québécois. À l’extérieur de l’institution, en plus de donner de son temps à Amnistie internationale, elle a aussi présenté à des élèves une exposition afin de les sensibiliser à la réalité du Tiers-Monde. En outre, elle a su mobiliser l’Association étudiante pour organiser une collecte de livres d’occasion à l’intention des enfants du quartier Côte-des-Neiges », rappelle-t-il.

Le périple se poursuit pour cette jeune femme, gagnante du prix du Lieutenant-gouverneur de l’Université de Montréal, récipiendaire des bourses Force UDM de la Fondation Hubert-Biermans. Sa dernière année de bac lui donne un second souffle : un stage à l’école secondaire Lucien-Pagé lui permet de réfléchir sur les fondements du système scolaire actuel.

« Vous êtes-vous déjà demandé ce que vous aviez retenu de toutes ces années passées sur les bancs d’école? demande-t-elle. Non seulement j’ai l’impression qu’on ne m’y a pas écoutée, mais personne ne m’a parlé de citoyenneté responsable, de solidarité locale ou internationale, de dévouement d’ouverture aux autres. J’ai développé ces connaissances ces valeurs à l’extérieur du cadre scolaire. Oui, la réforme de l’éducation s’en vient, mais comment pouvons-nous prétendre présenter ces réalités aux élèves si la plupart des enseignants eux-mêmes ne sont pas en mesure de définir la notion de développement durable? », s’interroge celle qui a obtenu une bourse de recherche au premier cycle du Fonds d’action québécois pour le développement durable.

Le projet Teranga, un stage de huit semaines au Sénégal destiné aux étudiants en éducation de l’Université de Montréal, est le dernier-né de Christine Renaud. « J’espère faire de ces étudiants des agents multiplicateurs des valeurs de solidarité, d’entraide de justice sociale au sein de la population québécoise. En plus d’avoir travaillé à l’élaboration de ce projet pendant plus de deux ans, j’ai aussi prôné son institutionnalisation au sein de la Faculté des sciences de l’éducation, afin d’en assurer le financement la pérennité. Résultat : le projet Teranga pourra désormais remplacer le stage de troisième année des étudiants en éducation, ce, pour des années à venir », déclare fièrement la jeune femme qui a également accompagné la première cohorte de stagiaires en avril dernier.

Christine envisage maintenant le futur, la tête remplie de nouvelles idées. Établie depuis peu à Chicoutimi, elle travaille bénévolement dans des écoles alternatives afin de s’initier à d’autres façons d’enseigner. Elle souhaite également entreprendre une maîtrise en School development à l’Université de Harvard. « Ainsi, je disposerai de la formation des réseaux nécessaires pour fonder une école ou un réseau d’écoles alternatives privées visant le développement intégral de l’enfant, dans une perspective de citoyenneté responsable. Puis j’ai le projet de fonder une PME de formation continue pour enseignants. Une partie des profits servirait à créer une fondation destinée aux élèves ne pouvant assumer les frais relatifs à mon école. Plus tard, j’enseignerai à l’université afin de rejoindre à la source plusieurs futurs enseignants de partager avec eux mes réflexions mes expériences », assure Christine.

Voilà un beau plan d’avenir pour une jeune femme hors du commun!