Un élève engagé à  incarner l'essence même du mot persévérance à  travers les batailles qu'il livre et gagne

Des combats, Emmanuel Kritziotis en a livré des dizaines depuis sa naissance. Bébé prématuré ayant en prime une hémorragie au cerveau et une paralysie du côté gauche, il a dès sa naissance lutté pour sa survie. Ensuite, il a lutté fort pour apprendre à  marcher et à  parler. Une fois à  l’école, il a dû, en raison de ses différences, combattre pour se faire accepter, passant à  travers des épisodes récurrents où il était victime d’intimidation physique et verbale. Dans les sports, à  force de travail et d’ardeur, il a enfin vécu des succès et gagné le respect de ses pairs. Maintenant âgé de 15 ans, l’élève en cheminement particulier de l’École secondaire André-Laurendeau sait qu’il combattra toute sa vie, mais qu’il le fera toujours avec l’attitude du vainqueur.

« Depuis le début, j’ai toujours répété à  Emmanuel qu’il était un enfant spécial, qu’il progressait à  son rythme et qu’il avait simplement pris un chemin plus difficile que les autres. Jamais je ne lui ai trouvé d’excuses. Il ne tenait qu’à  lui d’avancer, avec ses forces et ses faiblesses », lance spontanément Geneviève Drainville, sa mère.

Des paroles qu’Emmanuel approuve. « Ça m’a pris du temps, mais j’ai fini par comprendre par moi-même que je pouvais vivre de belles réussites. Ma mère me le disait, mais il n’y a rien comme s’en rendre compte soi-même. Je pense que la persévérance a été la clé de mon succès », fait-il valoir avec fierté.

Un succès qui se gagne progressivement et avec de nombreux efforts, à  tout le moins pour ce qui est du rendement scolaire. Lorsque Emmanuel était plus jeune, sa mère ne lui montrait pas ses bulletins, afin d’éviter qu’il se décourage davantage. Puis, un jour, le garçon a voulu comprendre pourquoi tout était plus difficile pour lui à  l’école. L’an dernier, il est allé consulter des spécialistes. Conclusion : Emmanuel a une dysphasie de niveau modéré à  sévère, une dyspraxie allant de légère à  modérée, une hyperactivité de niveau modéré à  sévère, et finalement des problèmes d’attention sévères.

« Ses neurologues l’ont nommé le roi de la persévérance, indique la mère du garçon. Ils ont dit de lui qu’il avait travaillé pendant des années sans diagnostics et qu’il avait instinctivement élaboré ses propres stratégies d’apprentissage. »

Heureusement pour Emmanuel, avant de savoir tout cela, il avait déjà  découvert le sport et ses vertus thérapeutiques. Il a commencé par le soccer, où il s’est imposé comme un défenseur très efficace. Peu après, alors que le jeu devenait de plus en plus technique, sa mère a préféré le diriger vers le karaté. Emmanuel, qui avait parfois de la difficulté à  mettre un pied devant l’autre, a trouvé ses repères dès le moment où il a revêtu un kimono. Il a alors dit à  sa mère : « Je vais avoir ma ceinture noire! ». Cela lui a pris seulement trois ans et demi. Son sense௠a tellement été impressionné par son attitude et son caractère positif qu’il lui a demandé de devenir animateur. Mieux encore, Emmanuel vient tout juste de compléter la formation et est devenu le plus jeune enseignant de karaté de son école.

Il s’est également intéressé au football dès son arrivée à  l’école secondaire. Lui qui avait vécu de l’intimidation auparavant, il a eu une poussée de croissance rapide qui en a fait un gaillard de près de 1,90 m. Dans l’équipe de football, il est devenu un atout et a même été sélectionné dans l’équipe régionale, avant de décider finalement de se consacrer exclusivement au karaté.

De plus, sa passion pour la musique l’a amené à  s’acheter une console, à  partir de laquelle il produit des pièces techno. À l’école, il joue parfois au DJ sur les heures de dîner.

« J’en ai vu passer, des élèves, mais Emmanuel personnifie à  lui seul le mot persévérance. Il a une soif d’apprendre et fait tout pour réussir. Il est une source d’inspiration pour les jeunes et aussi pour tous les adultes qui le côtoient », témoigne Betty Siméon, la directrice adjointe de l’école.